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Paul Verlaine - Un conte (Amour)

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Poème de Paul VERLAINE (1844 - 1896)

Un conte

À J. K Huysmans

Simplement, comme on verse un parfum sur une flamme
Et comme un soldat répand son sang pour la patrie,
Je voudrais pouvoir mettre mon coeur avec mon âme
Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.

Mais je suis, hélas ! un pauvre pécheur trop indigne,
Ma voix hurlerait parmi le choeur des voix des justes :
Ivre encor du vin amer de la terrestre vigne,
Elle pourrait offenser des oreilles augustes.

Il faut un coeur pur comme l'eau qui jaillit des roches,
Il faut qu'un enfant vêtu de lin soit notre emblème,
Qu'un agneau bêlant n'éveille en nous aucuns reproches,
Que l'innocence nous ceigne un brûlant diadème,

Il faut tout cela pour oser dire vos louanges,
Ô vous Vierge Mère, ô vous Marie Immaculée,
Vous blanche à travers les battements d'ailes des anges,
Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.

Du moins je ferai savoir à qui voudra l'entendre
Comment il advint qu'une âme des plus égarées,
Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre,
Revint au bercail des Innocences ignorées.

Innocence, ô belle après l'Ignorance inouïe,
Eau claire du coeur après le feu vierge de l'âme,
Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,
Désaltèrement du cerf rompu d'amour qui brame !

Ce fut un amant dans toute la force du terme :
Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,
El la profondeur monstrueuse d'un épiderme,
El le sang d'un coeur, cire vermeille pour son cierge !

Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique
Tout en méprisant les fadaises qu'elle autorise,
Et comme un forçat qui remâche une vieille chique
Il aimait le jus flasque de la mécréantise.

Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues,
Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières ;
Bon que les amours premières fussent disparues,
Mais cela n'excuse en rien l'excès de ses manières.

Ce fut, et quel préjudice ! un Parisien fade,
Vous savez de ces provinciaux cent fois plus pires
Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade
Sans s'apercevoir, ô leur âme, que tu respires ;

Race de théâtre et de boutique dont les vices
Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée,
Lèveraient le coeur à des sauvages leurs complices,
Race de trottoir, race d'égout et de fumée !

Enfin un sot, un infatué de ce temps bête
(Dont l'esprit au fond consiste à boire de la bière)
Et par-dessus tout une folle tête inquiète,
Un coeur à tous vents, vraiment mais vilement sincère.

Mais sans doute, et moi j'inclinerais fort à le croire,
Dans quelque coin bien discret et sûr de ce coeur même,
Il avait gardé comme qui dirait la mémoire
D'avoir été ces petits enfants que Jésus aime.

Avait-il, - et c'est vraiment plus vrai que vraisemblable, -
Conservé dans le sanctuaire de sa cervelle
Votre nom, Marie, et votre titre vénérable,
Comme un mauvais prêtre ornerait encor sa chapelle ?

Ou tout bonnement peut-être qu'il était encore,
Malgré tout son vice et tout son crime et tout le reste,
Cet homme très simple qu'au moins sa candeur décore
En comparaison d'un monde autour que Dieu déteste.

Toujours est-il que ce grand pécheur eut des conduites
Folles à ce point d'en devenir trop maladroites,
Si bien que les Tribunaux s'en mirent, - et les suites !
Et le voyez-vous dans la plus étroite des boîtes ?

Cellules ! Prisons humanitaires ! Il faut taire
Votre horreur fadasse et ce progrès d'hypocrisie...
Puis il s'attendrit, il réfléchit. Par quel mystère,
Ô Marie, ô vous, de toute éternité choisie ?

Puis il se tourna vers votre Fils et vers Sa Mère.
Ô qu'il fut heureux, mais, là, promptement, tout de suite !
Que de larmes, quelle joie, ô Mère ! et pour vous plaire,
Tout de suite aussi le voilà qui bien vite quitte

Tout cet appareil d'orgueil et de pauvres malices,
Ce qu'on nomme esprit et ce qu'on nomme
La science, Et les rires et les sourires où tu te plisses,
Lèvre des petits exégètes de l'incroyance !

Et le voilà qui s'agenouille et, bien humble, égrène
Entre ses doigts fiers les grains enflammés du Rosaire,
Implorant de Vous, la Mère, et la Sainte, et la Reine,
L'affranchissement d'être ce charnel, ô misère !

Ô qu'il voudrait bien ne plus savoir plus rien du monde
Qu'adorer obscurément la mystique sagesse,
Qu'aimer le coeur de Jésus dans l'extase profonde
De penser à vous en même temps pendant la Messe.

Ô faites cela, faites cette grâce à cette âme,
Ô vous, Vierge Mère, ô vous, Marie Immaculée,
Toute en argent parmi l'argent de l'épithalame,
Qui posez vos pieds sur notre terre consolée.


Recueil " AMOUR " 1888 - Poèmes de Paul VERLAINE | Auteurs Classiques

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Date de création : 19/10/2007 @ 11:09
Dernière modification : 24/07/2012 @ 19:13
Catégorie : Paul Verlaine
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